La parentalité positive…et créative ?

Le monde change, les enfants d’aujourd’hui ne vivent plus dans le même environnement que ceux d’hier, tout bouge. Entre laisser-faire et autorité, les comportements des parents oscillent. La parentalité positive s’attache à construire en positif plutôt qu’à répondre à ce qui est négatif. Elle s’intéresse aux causes plutôt qu’aux seuls effets, elle travaille en amont pour éviter l’apparition d’attitudes de blocage plutôt que tenter de les réprimer ou de les punir. Elle n’a pas pour but de « redresser » les comportements des enfants, mais d’améliorer la vie en commun de manière à ce que chacun soit plus heureux. La parentalité positive pense en termes de besoins, d’étape de développement, de maturation du cerveau, d’enseignement et non en termes de caprices, de limites, de rapports de force et de domination.
En France, la théorie psychanalytique est encore la référence presque absolue. L’enfant y est vu comme animé de pulsions à contenir pour qu’il devienne un être social. Ses comportements sont perçus comme mus par le seul principe de plaisir auquel les adultes doivent opposer le principe de réalité. Dans ce modèle, le rôle du parent est donc logiquement de poser des limites aux désirs, à ce  qui est interprété comme un caprice et à la toute-puissance de l’enfant. Une telle vision de la relation ne peut qu’engendrer nombre de conflits qui épuisent tant les parents que les enfants et altèrent la relation. Nombre de comportements sont vus comme des manifestations d’opposition aux exigences parentales ou sont interprétées comme des tentatives de manipulation. Dans ce paradigme, il est logique que le parent cherche à contrôler toujours plus, à mettre des limites et à cadrer. S’il n’est pas autoritaire, il est vu comme laxiste. Il « laisse tout faire ». Mais qui a dit qu’on ne pouvait pas changer de paradigme ?
John Bowlby (1907-1990), pédopsychiatre et psychanalyste anglais, n’arrivait pas à se satisfaire de cette approche. S’intéressant à la discipline scientifique naissante qu’était l’éthologie, il y a découvert l’empreinte et le besoin d’attachement. Au cours des années 1950, il a énoncé la théorie de l’attachement, s’opposant radicalement à la théorie psychanalytique des pulsions. L’enfant n’existe pas seul, il est un être de relation, un être social dès sa naissance. L’attachement se construit dans l’interaction entre le nourrisson et la personne qui s’occupe de lui. Les comportements de l’enfant, même et surtout les plus difficiles, ne cherchent pas à manipuler le parent, mais ont des causes. Ils expriment ses besoins, notamment d’attachement. Le rôle du parent est d’identifier ces besoins et de les nourrir.
Face aux comportements excessifs ou désagréable de nos enfants, la plupart des parents actuels se disent « elle me fait un caprice », « il est jaloux », « elle cherche l’attention », « il me teste », et réagissent en conséquence. Cette vision de l’enfant qui le et nous place dans un rapport de force permanent est issue de la théorie psychanalytique des pulsions.
Aimer son enfant est nécessaire, certes, mais pas suffisant pour faire face aux situations les plus banales du quotidien. Nous avons besoin d’idées, d’outils, d’exemples, pour nourrir nos attitudes parentales. Les modèles du passé ne nous conviennent plus, mais les alternatives sont peu développées. C’est une chose de dire qu’on ne tape plus, qu’on ne fait plus peur ni honte à nos enfant, mais alors que faire ? Que dire ? Comment agir face à leur comportement inadaptés ? Nous le constatons tous les jours, crier et punir est inefficace. La preuve ? Il faut toujours recommencer. Comment faire autrement ? Nombreux sont les adultes qui pensent que, s’ils ne giflent, ne menacent, ni ne punissent, ils devront passer leur temps à expliquer le pourquoi du comment à leur enfant. Le parentage positif ne consiste ni à donner des récompenses ni à expliquer en permanence, mais à développer de nouvelles attitudes parentales, pédagogiques et efficaces. Le plus souvent, chacun d’entre nous se dira « bon sang mais c’est bien sûr ! Pourquoi n’y ai-je pas songé plus tôt ? ». Nous n’y avons pas pensé parce que notre vision était inscrite dans un paradigme qui ne nous le permettait pas. D’autres, ailleurs, y ont pensé, ont expérimenté.
Nous avons besoin d’un autre regard sur nos enfants et les motivations de leurs comportements pour accomplir le rêve de tout parent : leur donner les fondations de leur sécurité intérieure, les accompagner dans l’intégration de leur confiance en leur personne propre comme en leurs compétences, pour qu’ils réussissent et deviennent plus tard des adultes autonomes, intelligents, responsables, empathiques. Nous avons aussi besoin d’idées d’exemples, d’astuces, de techniques simples et rapides pour la vie quotidienne, pour un quotidien plus gai, plus libre, plus heureux.
Isabelle Filliozat